Mardi 22 décembre 2009
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D’un pas fier et conquérant, vous vous dirigez vers la double porte de la grande salle à manger. Il
s’y retrouvent aussi bien les premières que deuxièmes classes, et ce sont autant de regards qui se retournent sur votre passage. Vous arborez une superbe queue-de-pie dont les pans de satin
s’envolent an rythme de votre marche. Un veston brodé complète la tenue, avec votre pièce maîtresse : le nœud-papillon. Monumental. Iconoclaste. Rouge. De ce même rouge qui devait naguère
habiller les tentures des temples de la vieille Babylone. Vous savourez votre effet alors que vous ôtez votre chapeau pour le tendre à un domestique.
Si vous avez pris soin de jeter un oeil au vade-mecum avant de vous rendre au dîner, vous constatez que l'illustration qui s'y trouvait était on ne peut plus exacte, à part le ton orange que lui
donne maintenant la lumière déclinante du soir.
L'illustration du vade mecum est conforme à la moustache
près.
Vous apostrophez distraitement un serveur pour qu’il vous indique où se trouve la table du capitaine ; il vous montre alors la place centrale où un joyeux bonhomme à la barbe
conséquente converse à grands renforts de mouvements de bras et de pieds. Vous vous approchez nonchalamment jusqu’à votre couvert, et d’un mouvement sec de votre canne sur le sol, vous signalez
votre présence à l’assemblée avant de vous incliner. Le barbu vous jette un regard étonné, avant de sourire et d’avancer sa main à votre rencontre.
« Monsieur de Bontemps, je présume ?
— Lui-même. Et vous bien sûr, vous êtes…
— Archibald ! Hé oui, le ferme et valeureux capitaine de ce sacré rafiot ! Ah, venez, asseyez-vous que je vous présente ! »
Vous vous exécutez, et voilà que le capitaine vous désigne tous les noms des invités. Le second, encadré par deux rouflaquettes interminables, Lady Sesquipedalian, de farouche
noblesse, Monsieur Pierre, ecclésiaste devant l’éternel, Monsieur Courteline et sa compagne, grand actionnaire devant l’éternel, Bernique Volte, poète, inventeur et magicien fou, et d’autres
âmes dont vous perdez le décompte. Vous voilà donc une petite dizaine attablés autour du capitaine, et ce dernier vous a fait asseoir tout à côté de lui.
« Arsène…vous permettrez que je vous appelle Arsène ? J’ai bien connu votre père, savez-vous ? vous chuchote-t-il, conspirateur. Un fameux gentilhomme, il m’a appris à aimer la littérature.
— Vous-même êtes donc écrivain ! renchérit Bernique, l’ingénieur fou. Sacrée déboulonnade ça, l’empoignade de plume !
—Hé bien…oui. En quelque sorte… répondez-vous en pensant à votre machine à écrire poussiéreuse.
— Comme c’est intriguant ! Mystérieux ! s’écrie à son tour lady Sesquipedalian. Moi-même j’ai toujours tellement détesté les artistes, mais tellement aimé les crimes parfaits et les romans
policiers ! Ah ! »
Vous vous demandez ce qu’il convient de répondre, lorsque le capitaine pose sa main sur votre cuisse et commence à parler de son enfance, en vous regardant droit dans les yeux, un sourire mutin aux
coins des yeux, sous le regard méfiant de monsieur Pierre.
Archibald vous regarde avec un sourire mutin
Le dîner se poursuit ensuite sans autre incidents, malgré l’ennuyeux discours du capitaine (vous savez maintenant que c’est un petit bateau à voile dans la fontaine du square de
son village qui l’a poussé à s’engager dans la marine, et vous avez aussi appris que vous aviez un très beau regard et un pantalon agréable à caresser) et les œillades étranges de la Lady (vous
avez également appris qu’il ne fait pas bon être écrivain face à de la vieille noblesse délaissée).
Vous buvez plusieurs fois en l’honneur du Lamartine, fleuron de la marine civile française, et saluez les diables d’ingénieurs de Saint Nazaire où il fut assemblé. Hélas, avant
même l’arrivée du dessert, un cri retentit dans l’entrée de la salle à manger. C’est une jeune femme blême qui se précipite vers vous, affolée, pour crier tout haut : « A l’assassin ! Au meurtre !
Cabine douze ! Je…Ah ! » avant de tomber évanouie dans vos bras.
Vous déposez où vous pouvez l’inconsciente jeune femme avant de vous précipiter en compagnie d’Archibald et de monsieur Pierre jusqu’à sa cabine. Et en effet, une porte est
ouverte en face même de la votre. A l’intérieur, un homme nu, inconscient sur un tabouret, la tête posée sur un tableau inachevé.
« Appelez-moi le médecin ! » aboie le capitaine aux stewards tétanisés. Vous même, vous contemplez cet étrange spectacle, avec la pensée que vous auriez pu apercevoir le criminel
si vous étiez resté écrire dans votre cabine.
Le médecin est formel : ce n’est pas un meurtre, mais une mort fort naturelle. Rassuré, vous jetez néanmoins des yeux curieux sur l’intérieur de la cabine. Elle est sens dessus
dessous, et vous ne sauriez dire si le désordre est dû à une négligence forcenée ou à une fouille méticuleuse. Sur la petite table, une bouteille de whisky est à demi entamée. Si vous vous penchez
sur le tableau lui-même, vous reconnaissez quelques traits qui peuvent vous faire songer à la jeune femme qui a donné l’alerte. Bien qu’il s’agisse d’un simple croquis, vous remarquez que le trait
est grossier et tremblant. Sur les vêtements de la victime, il y a quelques traces de rouille, que vous vous étonnez de trouver sur un passager de première classe, où la moindre ferraille dort sous
dix centimètres de boiseries. Enfin, vous relevez une marque étrange, une sorte de symbole effacé sur le hublot de la cabine, mais il peut très bien s’agir d’un tache de gras un peu originale.
Vous demandez au capitaine quelle est l’identité du malheureux, et ce dernier vous répond qu’il est le peintre officiel de la compagnie. Il a été engagé en personne par Monsieur
Courteline, le principal actionnaire de la ligne, et il est d’ailleurs l’auteur de l’illustration de la salle à manger que vous avez peut-être aperçue dans le vade-mecum.
Lorsque vous demandez autour de vous où est passée la jeune femme qui a donné l’alerte, personne ne peut vous répondre. Elle est introuvable.
Que pensez-vous de cette affaire ?
1) Il ne s'agit là que d'un banal accident ; vous retournez dans la salle à manger pour le dessert.
2) Vous pensez qu'il peut s'agir d'un meurtre. Vous confiez vos craintes au capitaine.
(exposez la raison pour laquelle vous pensez qu'il a été assassiné dans les commentaires. Vous pouvez dès lors esquisser une ou deux hypothèses pour rendre votre affirmation crédible !)
3) Vous pensez bien qu'il s'agit d'un meurtre, mais vous préférez n'en rien dire, pour enquêter plus à votre aise. (de même, justifiez pourquoi la mort du peintre
vous paraît suspecte)
4) ...
Je me permets de rajouter quelques détails à ce que je souhaite faire: je demande au médecin de me préciser la nature de sa mort. Si c'est possible, je récupère discrètement la bouteille de whisky pour vérifier la nature de la boisson un peu plus tard... Et je pars à la recherche de la jeune femme !
Mention spéciale pour Lady Sesquipedalian...J'espère qu'elle joue un grand rôle...*niark niark*
Attention aux toutes petites fautes de frappe, jeune padawan !
Réponse 3, pas la peine d'en parler tant qu'on n'a pas de preuve !
Peut-on récupérer cette rouille et la bouteille (et se découvrir un chimiste et/ou un pharmacien dans ses relations) ?
Et accessoirement regarder de plus près cette tache de gras originale ?
Allons bon ! Ce n'est pas un meurtre - et j'explique à qui veut l'entendre les raisons des étranges circonstances de l'affaire. L'homme, éméché, sera allé chercher quelque modèle chez la populace de troisième classe - environnement crasseux où, à n'en point douter, il aura récupéré cette vilaine poussière oxydée. Bien habillé, logé en première, artiste, il lui fait miroiter une sonnante et trébuchante récompense pour l'amener à sa couche. Il continue de boire, ce qui explique la grossierté du trait - et justifie qu'il n'avait pas réellement intention de la peindre. Il se désabhille d'un geste et se met à courrir comme n'importe quel satyr derrière sa proie effarouchée ; leur lubrique ballet est la cause du désordre de la cabine. Il a fermé la porte à clef, et ils tournent ainsi tout deux comme un chat et une souris dans une boîte de chaussure jusqu'à ce que l'alcool, l'effort et une mauvaise condition terrasse l'homme d'un vilain souffle au coeur ; les yeux exorbités, la main sur le sein, il n'a que le temps de chanceler, de tomber, raide, sur son tabouret ; la jeune femme, terrifiée, prend la clef et l'on connaît la suite. Si elle a disparue, c'est de peur d'être accusée. Elle était peut-être clandestine dès le départ ?
A l'indigent qui me montre la marque sur le hublot, je m'étonne qu'il soit incapable de reconnaître du gras alors qu'il en est lui-même si bien loti.
A celui qui me dit que mon histoire ne tient pas, car la fille n'aurait pas crié à l'assassin, je répond que je ne me souviens pas d'un tel détail et lui signifie mon mépris.
Enfin, je prend mentalement note d'écrire, après le dessert, une nouvelle inspirée de l'évènement, où il serait question de divinités marines vengeresses et de rituels ésotérique qui fini mal...
Ton raisonnement est superbe. La majorité semble préférer l'hypothèse du meurtre, mais je ne peux pas ignorer une telle finesse de déduction ; est-ce que je peux réutiliser ta sentence de façon au moins détournée ? :p Je peux introduire un protagoniste qui aurait lui cet avis (que tu pourrais incarner par la suite d'ailleurs, à voir ^^)
Bien sûr, très bonne idée que la nouvelle aux divinités vengeresses ; rien de tel pour finir une soirée.
D'ailleurs je m'excuse d'avoir commenté au débotté sans faire mes salutations ; bravo donc pour cette bonne idée de blog au rang des lecteur auquel je me joins.
Bon, l'enquête démarre sur des chapeaux de roues ! Que d'idées ! O/